IPv6 vient d’entrer dans sa 30e année mais n’a toujours pas conquis le monde : Moins de la moitié des internautes font usage de ce protocoleQue certains qualifient de désastre sur le plan technique
Trois décennies après que la RFC 1883 ait promis de pérenniser l'Internet en élargissant le pool d'adresses IP disponibles, le protocole IPv6 n'a toujours pas atteint la position dominante envisagée par ses créateurs. Les données de Google, APNIC et Cloudflare montrent que moins de la moitié des utilisateurs d'Internet à l’échelle mondiale utilisent aujourd'hui le protocole IPv6. Certains intervenants de la filière listent des raisons techniques susceptibles de justifier cet état de choses.
Les mesures effectuées par Google montrent qu'environ 45 à 48 % des utilisateurs mondiaux se connectent désormais à ses services via IPv6. En ce début d’année 2026, la France arrive en tête avec 75,1 %, suivie de l'Inde (73,1 %) et de la Malaisie (67 %). Les États-Unis se situent à environ 53 à 56 %, tandis que de nombreux pays africains restent en dessous de 30 %.
Certaines raisons d’ordre technique permettent de comprendre pourquoi la transition n’est pas encore achevée
- Le facteur NAT : la traduction d'adresses réseau (NAT) a permis à des milliers d'appareils de partager une seule adresse IPv4 publique, prolongeant ainsi la durée de vie de l'ancien protocole bien au-delà des prévisions initiales.
- Absence de rétrocompatibilité : IPv6 n'est pas rétro compatible avec IPv4. Une exécution simultanée des deux protocoles est nécessaire, ce qui ajoute de la complexité et des coûts pour les entreprises. C’est l’un des aspects mis en avant par le développeur DevOps Matthew Dungan lorsqu’il affirme que « l’IPv6 est un désastre auquel on peut remédier. »
- Dette technique : de nombreuses grandes organisations ont investi massivement dans l'infrastructure IPv4 existante et ne voient guère d'intérêt immédiat à changer tant que leurs systèmes actuels fonctionnent.
Matthew Dungan explique néanmoins les raisons de son choix de migrer vers IPv6
Dans un billet de blog, Mathew Duggan expose les problèmes liés à l’utilisation des adresses IPv4, qui sont devenues une ressource rare et chère. Il explique que les fournisseurs de services cloud facturent désormais les adresses IPv4 publiques à l’heure, ce qui rend le coût d’hébergement plus élevé. Il affirme que la solution est de passer à l’IPv6, un nouveau protocole qui offre un espace d’adressage beaucoup plus vaste et des fonctionnalités améliorées.
Il raconte ensuite son expérience personnelle de migration de son blog vers IPv6 exclusivement, en utilisant un CDN pour gérer le trafic IPv4. Il décrit les difficultés qu’il a rencontrées, notamment le fait que la plupart des outils et des services qu’il utilise ne sont pas compatibles avec l’IPv6. Il donne des exemples de dépendances qui ne fonctionnent pas, comme Terraform, Ansible ou Docker. Il montre aussi que les solutions de contournement qu’il a trouvées sont peu fiables ou peu pratiques.
Dans son billet de blog, Mathew Duggan indique « qu’AWS a annoncé qu'elle facturait 0,005 dollar par adresse IPv4 et par heure, rejoignant ainsi d'autres fournisseurs de services cloud qui facturent le luxe d'une adresse IPv4 publique. Google Cloud Platform facture 0,004 dollar, tout comme Azure et Hetzner 0,001 euro par heure. Il est clair que l'époque où les fournisseurs de services cloud achetaient plus d'espace IPv4 touche à sa fin. Plus le temps passe, plus les adresses ont de la valeur et moins il est logique de les distribuer gratuitement. »
« L'heure est donc venue de passer à l'action. Nous devons passer à l'IPv6. On m'a dit pour la première fois que nous allions devoir passer à l'IPv6 lorsque j'étais au lycée, dans mon premier cours de Cisco, et j'ai 36 ans aujourd'hui, pour vous donner une idée du temps qu'il a fallu pour que cela se produise. Jusqu'à présent, je n'ai pas fait grand-chose avec l'IPv6, il n'y a eu pratiquement aucune demande du marché pour ces compétences et je n'ai jamais eu de travail où quelqu'un semblait intéressé par ce domaine. Je ne me suis donc pas renseigné sur le sujet, ce qui est dommage, car il s'agit en fait d'une grande avancée dans le domaine de la mise en réseau », poursuit-il.
Pour mieux comprendre le fonctionnement d’IPv6, Mathew Duggan a décidé de faire migrer son blog vers IPv6 uniquement, en le plaçant derrière un CDN pour gérer le trafic IPv4. « Ce que j'ai découvert est terrifiant : presque rien ne fonctionne dans le système. Les principales dépendances cessent immédiatement de fonctionner et les solutions de contournement ne peuvent pas être considérées comme prêtes pour la production. »
Bien que la transition soit lente, plusieurs gouvernements et régions importants ont finalement fixé des dates butoirs pour la fin de l'IPv4 :
- Chine : le pays a officiellement prévu l'arrêt complet d’IPv4 d'ici 2030.
- République tchèque : a annoncé que les services gouvernementaux officiels ne seront plus accessibles via IPv4 à partir de juin 2032.
- Transition des entreprises : alors que les réseaux résidentiels et mobiles sont largement passés à IPv6 (atteignant souvent 80 à 90 % de déploiement), le secteur des entreprises reste le principal goulot d'étranglement.
Et vous ?
Pour Mathew Duggan, « l’IPv6 est un désastre », partagez-vous cet avis ?
Quels sont les avantages et les inconvénients de basculer un système en IPv6 exclusivement ?
Quelles peuvent être les solutions alternatives pour gérer le trafic IPv4 sans utiliser un CDN ?
À votre avis, quels sont les risques de ne pas adopter l’IPv6, et comment les anticiper et les éviter ?
Quel est votre retour d’expérience de la migration vers l’IPv6 ?Voir aussi :
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