Elon Musk a franchi le Rubicon financier qu'il avait longtemps refusé de traverser : SpaceX a déposé confidentiellement son dossier d'introduction en bourse auprès de la SEC américaine. L'opération, dont les détails ont été rapportés par Bloomberg puis confirmés par Reuters, CNBC et le Wall Street Journal, vise une valorisation de 1 750 milliards de dollars et une levée de fonds pouvant atteindre 75 milliards. Si elle se concrétise, ce serait l'introduction en bourse la plus importante de toute l'histoire des marchés de capitaux, plus de deux fois supérieure au record précédent détenu par Saudi Aramco.Le dépôt confidentiel, dont le nom de code interne est « Project Apex », est une procédure réglementaire standard aux États-Unis : selon les règles de la SEC, une société privée peut déposer son dossier d'introduction en bourse de manière confidentielle quinze jours au moins avant de commencer à commercialiser ses actions auprès des investisseurs publics, ce qui lui permet de recevoir les retours de l'agence à l'abri des regards. SpaceX n'a officiellement fait aucun commentaire sur cette démarche, mais les sources concordantes de quatre grandes agences de presse ont dissipé toute ambiguïté.
Le calendrier visé est juin 2026, sur le Nasdaq. Le prospectus public, qui devra être publié au moins quinze jours avant le début du roadshow, est attendu fin avril ou en mai. Pour donner le coup d'envoi de la saison des investisseurs, SpaceX organise une journée d'information pour les analystes le 21 avril, les encourageant à y assister en personne.
Le dispositif bancaire mobilisé pour l'occasion est lui-même un record. Pas moins de 21 banques ont été recrutées pour gérer l'opération, avec Bank of America, Citigroup, Goldman Sachs, JPMorgan Chase et Morgan Stanley dans les rôles de chefs de file. Une telle concentration de puissance financière est sans précédent pour une introduction en bourse, même pour des opérations comparables en taille.
Les chiffres qui donnent le vertige
La valorisation cible de 1 750 milliards de dollars place SpaceX dans une catégorie à part. À ce niveau, la société se situerait au-dessus de toutes les entreprises du S&P 500, à l'exception de Nvidia, Apple, Alphabet, Microsoft et Amazon. Pour lever 75 milliards de dollars, SpaceX devrait dépasser très largement le précédent record mondial : Saudi Aramco avait levé 29,4 milliards de dollars lors de son introduction en 2019, qui tient le record mondial depuis. L'introduction d'Alibaba pour 22 milliards de dollars en 2014 et celle de Visa pour 18 milliards en 2008 ne sont pas dans le même ordre de grandeur.
Le socle de cette valorisation repose principalement sur Starlink. Le service a franchi la barre des 10 millions d'abonnés en février 2026, et les analystes de Bloomberg et de Quilty Space projettent un chiffre d'affaires de Starlink seul compris entre 15,9 et 24 milliards de dollars pour 2026. Les économies structurelles du modèle satellitaire sont radicalement différentes de celles des opérateurs terrestres : la constellation peut desservir des marchés qu'aucun réseau de fibres ou d'antennes ne peut atteindre à des coûts raisonnables, notamment les routes maritimes, l'aviation, le haut débit rural et les réseaux mobiles des marchés émergents.
À 1 750 milliards de dollars contre 15 à 16 milliards de chiffre d'affaires en 2025, SpaceX est valorisée à environ 87 à 110 fois son chiffre d'affaires, selon les projections retenues. Aucune société cotée de l'aérospatiale, des télécommunications ou de l'IA ne se traite à de tels multiples. C'est précisément là que réside le défi intellectuel de cette opération : justifier une prime d'anticipation aussi massive auprès d'investisseurs qui n'ont jusqu'ici jamais eu accès aux comptes réels de la société.
L'absorption de xAI : un pari à un billion de dollars
L'élément le plus structurant de la nouvelle SpaceX est sa fusion, bouclée en février 2026, avec xAI, la société d'intelligence artificielle de Musk. Au moment du rapprochement, Musk avait évalué l'entité combinée à 1 250 milliards de dollars, avec SpaceX à 1 000 milliards et xAI à 250 milliards. La valorisation cible de 1 750 milliards pour l'introduction en bourse représente donc une révision substantiellement à la hausse de ce chiffre.
Cette intégration n'est pas sans faire grincer des dents. Le contrat de fusion était structurellement problématique : l'acheteur et le vendeur étaient tous deux contrôlés par Musk, une opération jugée controversée par plusieurs observateurs. Sur le plan opérationnel, xAI brûlait environ un milliard de dollars par mois au moment du dépôt, et plusieurs cofondateurs avaient déjà quitté la société. La thèse industrielle promue est néanmoins séduisante : combiner le réseau de données satellitaires à faible latence de Starlink avec les grands modèles de langage de xAI pour créer une infrastructure « d'intelligence...
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