SpaceX d'Elon Musk veut lancer un million de satellites pour les centres de données IA. Voici comment cela pourrait affecter l'atmosphère et le ciel nocturne :l'encombrement orbital est un désastre en attente
La constellation Starlink d'Elon Musk se développe à une vitesse fulgurante. SpaceX vient de recevoir l'autorisation pour lancer 7 500 satellites Starlink supplémentaires, portant le nombre total de satellites Gen2 autorisés à 15 000, y compris ceux déjà approuvés. À terme, Elon Musk envisage de créer une mégaconstellation d'un million de satellites pour offrir une connexion Internet à haut débit et à faible latence à l'échelle mondiale. Le réseau Starlink devrait également servir comme un centre de données orbital géant pour l'IA. Cependant, les experts de l'espace lointain mettent en garde : les conséquences seraient lourdes pour l'environnement et l'astronomie.
Pour rappel, Starlink est une constellation de satellites Internet exploitée par Starlink Services, LLC, un fournisseur international de services de télécommunication qui est une filiale à 100 % de la société aérospatiale américaine SpaceX. Lancé en 2019, Starlink couvre désormais environ 150 pays et territoires. Le réseau vise à fournir un service mobile à haut débit à l'échelle mondiale. Starlink a joué un rôle déterminant dans la croissance de SpaceX.
À l'heure actuelle, environ 16 000 satellites sont en orbite autour de la Terre, dont 14 000 sont actifs. SpaceX est responsable de plus de 8 000 d'entre eux. Ce nombre change chaque semaine, car la société de fusées dirigée par Elon Musk désorbite des satellites défectueux ou en fin de vie, qui se consument dans notre atmosphère, et en envoie de nouveaux . En moyenne, l'entreprise lance plus de deux douzaines de satellites deux fois par semaine.
En juillet 2025, Starlink affirmait avoir plus de six millions de clients. À terme, SpaceX vise à atteindre la taille critique d'un million de satellites afin de transformer le réseau en un gigantesque centre de données orbital pour les charges de travail de l'IA. Mais la faisabilité technique du projet est non seulement remise en cause, mais les experts affirment également qu'il représente un grand danger pour l'atmosphère, l'environnement et l'astronomie.
Starlink d'Elon Musk menace de saturer l'orbite terrestre basse
Elon Musk estime que l'espace est la clé de voûte énergétique du progrès de l'IA : une source quasi illimitée et à bas coût pour soutenir sa croissance. Selon lui, l'espace deviendra bientôt l'endroit le moins cher pour déployer l'IA. Il a prédit que d'ici à 2031, la capacité de calcul ajoutée chaque année dans l’espace dépassera le total cumulé sur Terre, bousculant ainsi le marché des centres de données terrestres, estimé à 1 000 milliards de dollars.
À moyen terme, les responsables de SpaceX ont déclaré qu'ils aimeraient voir plus de 40 000 satellites Starlink en orbite. Ces satellites fournissent une connexion Internet à toutes les régions du monde, même les plus reculées. Elon Musk a initialement lancé le réseau Starlink pour couvrir les zones reculées ou mal desservir par les FAI traditionnels, mais également pour gagner de l'argent et financer son projet visant à coloniser la planète Mars.
Cependant, cela représente beaucoup d'objets dans l'espace, sans compter les plus de 140 millions de débris spatiaux dont la taille varie entre 1 millimètre et 10 centimètres. Tous ces objets constituent une menace pour les astronautes qui s'aventurent dans l'espace, ainsi que pour les satellites dont nous dépendons pour des programmes utiles comme le GPS. C'est pourquoi l'ajout d'un million de satellites supplémentaires en orbite est ahurissant.
« Cela dépasse largement ce cadre. Et selon presque tous les critères auxquels nous pouvons penser, c'est tout simplement une mauvaise idée en matière d'utilisation et d'accès à long terme à l'espace », a déclaré Aaron Boley, codirecteur de l'Outer Space Institute et professeur au département de physique et d'astronomie de l'Université de Colombie-Britannique. Les astronomes sont très inquiets quant au maintien d'un environnement orbital sain.
Elon Musk introduit une nouvelle menace pour notre atmosphère
Les progrès de SpaceX ont fait baisser les coûts de lancement de fusées. Mais le rythme croissant des lancements de fusées introduit une nouvelle menace critique pour notre atmosphère. De plus en plus de preuves suggèrent que les lancements de fusées affectent notre atmosphère en déposant du carbone noir ou de la suie dans l'air, ce qui crée un effet de réchauffement potentiel qui pourrait accroître les menaces pesant sur notre couche d'ozone.
Mettre un million de satellites Starlink en orbite nécessiterait environ 20 000 lancements de la fusée Starship, et leur maintenance pourrait exiger jusqu'à dix lancements par jour, indéfiniment. Selon les experts, les conséquences seraient lourdes. Eloise Marais, professeure de chimie atmosphérique et de qualité de l'air à l'University College London, travaille sur le suivi des émissions provenant des lancements de fusées et des rentrées atmosphériques.
Eloise Marais s'inquiète du fait que nous ne discutons pas des impacts potentiels de ces milliers de lancements. « Et quelles sont les implications supplémentaires de cela ? », a-t-elle demandé. « Car c'est vraiment un mélange de ces polluants qui a un impact sur l'atmosphère ». La principale différence entre ces polluants et ceux créés par les humains au niveau du sol réside dans le fait que les lancements les déposent directement dans l'atmosphère.
Des études récentes ont montré que lorsque les satellites arrivent en fin de vie et se consument lors de leur rentrée dans l'atmosphère, ils laissent derrière eux des métaux tels que l'aluminium et le lithium. Les conséquences de ce phénomène ne sont pas encore connues. Mais c'est ce qui inquiète les scientifiques.
Un obstacle potentiel l'astronomie et les missions spatiales futures
Les satellites menacent notre perception de l'espace. Nous savons déjà qu'ils affectent les observatoires professionnels, tant sur le plan optique qu'en termes de rayonnement électromagnétique qu'ils émettent. Cela crée du bruit qui peut interférer avec les observatoires qui dépendent des fréquences radio. La demande déposée par SpaceX auprès de la FCC indique que les satellites seront placés à une altitude comprise entre 500 et 5 000 km.
Cela affecterait les observatoires terrestres et les observatoires spatiaux comme Hubble. Pour les observateurs amateurs et occasionnels, cela signifie des lumières qui traversent continuellement le ciel nocturne. Levez les yeux n'importe quelle nuit et vous verrez forcément un satellite passer à un moment donné, même en ville. Dans les endroits où le ciel est sombre, c'est encore pire, avec des dizaines de satellites visibles chaque nuit.
Cette perte du ciel nocturne, qui guide l'humanité depuis la nuit des temps et influence la culture, la religion et la science, serait incommensurable. Selon les experts, il y a beaucoup d'inconnues, car SpaceX n'avait pas fourni assez d'informations techniques dans son dossier déposé auprès de la FCC.
SpaceX a tenté de collaborer avec l'Union astronomique internationale (IAU) et son Centre pour la protection du ciel sombre et tranquille afin d'atténuer la luminosité de ses satellites, mais sa proposition de lancer un million de satellites a choqué les astronomes. Selon un rapport publié en septembre 2024, les satellites Starlink de deuxième génération (Gen2) émettent 30 fois plus d'interférences radio que ceux de la génération précédente.
Les mégaconstellations concurrentes se développent rapidement
SpaceX a déclaré qu'il minimiserait « tout impact atmosphérique résultant de la désorbitation d'un grand nombre d'engins spatiaux ». Aucun détail supplémentaire n'est donné, mais la société indique qu'elle déplacera certains des centres de données vers une orbite héliocentrique (autour du soleil). Selon les experts, si chacun des millions de satellites de SpaceX était désorbité, cela signifierait une rentrée atmosphérique toutes les trois minutes.
SpaceX n'est pas la seule entreprise à se lancer la création d'un réseau satellitaire. De nouveaux acteurs tels que Kuiper de Jeff Bezos ont commencé leur déploiement. Jonathan McDowell, astrophysicien et analyste en durabilité spatiale qui suit tous les lancements dans le monde, estime que les propositions des entreprises et des pays (y compris les deux grands projets de mégaconstellations chinois) représentent 1,7 million de satellites.
Il est probable que bon nombre de ces propositions ne se concrétiseront pas, mais les scientifiques affirment que même la moitié de ce nombre représenterait déjà beaucoup d'objets en orbite. Et cela aurait des conséquences pour tout le monde, en particulier pour les futures missions spatiales et l'observation du ciel nocturne. Les experts expliquent également qu'une telle densité de satellites rendrait la gestion du trafic spatial encore plus complexe.
Une seule collision peut déclencher le syndrome de Kessler : les débris générés percutent d'autres satellites, créant une réaction en chaîne catastrophique. Multiplier les satellites par plusieurs milliers aggraverait ce risque de façon dramatique. L'arrivée de nouvelles constellations rend le défi encore plus complexe.
Conclusion
Le ciel nocturne est un bien commun, une ressource naturelle à préserver. Mais la course effrénée à l'IA et au contrôle de l'espace menace la durabilité de l'environnement spatial. SpaceX n'est pas le seul à envahir le ciel. La Chine prévoit de lancer jusqu'à 200 000 satellites pour son propre réseau. D'autres pays et entreprises suivront sans doute le mouvement ; Amazon et Blue Origin de Jeff Bezos prévoient déjà de lancer chacun des milliers de satellites.
Plus inquiétante encore, une entreprise appelée Reflect Orbital souhaite lancer des milliers de miroirs spatiaux géants en orbite afin de « fournir de la lumière solaire à la demande » partout sur Terre. « Ces miroirs sont une idée vraiment terrible », affirme Phil Plait, astronome professionnel et vulgarisateur scientifique.
Selon lui, les faisceaux seraient bien plus lumineux que la pleine lune et, même s'ils étaient soigneusement orientés, ils se disperseraient dans l'atmosphère pour être très brillants hors faisceau, perturbant la faune et détruisant efficacement la beauté naturelle restante du ciel en effaçant les étoiles de notre vue. Alors que la course à l'espace s'intensifie, les scientifiques appellent les régulateurs à freiner cette exploitation incontrôlée de l'espace.
Source : commentaires sur le projet de SpaceX
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