Quand les gouvernements ou les opérateurs interrompent l’accès à Internet, comme cela s’est produit à plusieurs reprises en Iran lors de mouvements sociaux ou de tensions politiques, les citoyens perdent leur moyen principal de communication. Dans ces contextes où les réseaux cellulaires et Internet sont coupés, les applications classiques comme WhatsApp ou Telegram deviennent inutilisables parce qu’elles dépendent de serveurs centralisés et de l’infrastructure Internet. C’est ici que Briar entre en jeu : une application de messagerie conçue pour fonctionner sans serveurs centraux, sans besoin d’accès Internet, grâce à des communications directes entre appareils via Bluetooth et Wi-Fi.Le régime iranien a une fois de plus plongé le pays dans un isolement numérique quasi total en coupant l'accès à Internet pour ses 85 millions d'habitants, alors que les manifestations anti-gouvernementales alimentées par la détérioration de la situation économique s'intensifient. Des rapports révèlent même que l'Iran a déployé des brouilleurs militaires pour empêcher l'accès au service satellite Starlink. Ces mesures, qui suivent un schéma déjà utilisé par le régime lors de précédents troubles, limite la capacité des Iraniens à communiquer avec l'extérieur et à documenter les événements sur le terrain, un cauchemar pour les manifestants, les militants et les libertés.
C'est dans ce contexte qu'est évoqué Briar. Il s'agit d'un système de messagerie pair à pair (peer-to-peer) dans lequel les messages ne transitent pas par un serveur unique mais passent directement d’appareil à appareil lorsque deux utilisateurs sont à portée. Cette caractéristique rend l’application particulièrement adaptée aux environnements où les infrastructures réseaux sont surveillées, restreintes ou coupées.
Principe technique : Bluetooth et Wi-Fi comme canaux de secours
Une des innovations clés de Briar est sa capacité à synchroniser des messages directement entre téléphones via Bluetooth et Wi-Fi lorsque l’internet n’est pas disponible. Contrairement aux applications traditionnelles qui requièrent une connexion à un serveur distant, Briar utilise des radios standards des téléphones pour établir des connexions locales.
Dans ce mode, le fonctionnement est basé sur une forme de réseau maillé ad hoc : chaque appareil ne se contente pas d’envoyer des messages à un seul autre appareil, il peut aussi relayer les messages entre différents utilisateurs. Imaginez une chaîne de personnes se passant un message à voix basse dans une pièce : chaque individu transmet l’information un peu plus loin, ce qui permet au message d’atteindre quelqu’un qui n’était pas dans la portée initiale Bluetooth. De cette manière, même si une partie des utilisateurs est dispersée, le réseau peut s’étendre et couvrir des zones plus larges.
Le Wi-Fi est aussi utilisé en mode direct (Wi-Fi Direct ou ad hoc) pour établir des liaisons plus rapides et plus larges entre appareils à proximité immédiate. Ce dualisme Bluetooth/Wi-Fi rend Briar plus flexible : Bluetooth sert de mode de base pour une portée modérée, tandis que Wi-Fi permet des transferts plus rapides sur de plus longues distances locales.
Briar utilise la suite de protocoles Bramble (Bramble Handshake Protocol, Bramble QR Code Protocol, Bramble Rendezvous Protocol, Bramble Synchronisation Protocol, Bramble Transport Protocol) spécialement conçue pour les réseaux tolérants aux délais.
Sous le capot de Briar : comment la messagerie survit quand le réseau disparaît
Lorsque l’on parle de Briar, il est tentant de résumer l’application à une promesse simple : continuer à discuter quand Internet est coupé. En réalité, la mécanique interne est bien plus intéressante, car elle repose sur une combinaison de choix architecturaux rarement réunis dans une application grand public. Le projet, porté par le Briar Project, a été pensé dès l’origine pour fonctionner dans des environnements hostiles : surveillance étatique, coupures totales du réseau, filtrage massif du trafic et répression ciblée des outils de communication.
Une architecture pair à pair sans serveur central
Le cœur technique de Briar repose sur une architecture strictement pair à pair. Aucun serveur central ne stocke les messages, ne gère les comptes ou ne maintient un annuaire global des utilisateurs. Chaque appareil conserve localement ses conversations, ses forums et ses blogs, et ne communique qu’avec des pairs qu’il connaît déjà.
Ce choix a une conséquence directe : il n’existe pas de point unique à bloquer, à censurer ou à surveiller à grande échelle. Couper Internet, saisir un data center ou forcer un opérateur télécom à filtrer un domaine n’a qu’un impact limité sur un système qui n’en dépend pas structurellement.
Lorsque l’accès à Internet est disponible, Briar peut s’appuyer sur Tor pour masquer les adresses IP et les relations sociales. Mais lorsque ce lien disparaît, l’application bascule automatiquement vers des communications locales.
Bluetooth et Wi-Fi comme colonne vertébrale de secours
Dans un scénario de blackout, Briar exploite deux technologies omniprésentes dans les smartphones : le Bluetooth et le Wi-Fi. Le Bluetooth est utilisé pour établir des connexions à courte portée, typiquement quelques dizaines de mètres, avec une consommation énergétique réduite. Le Wi-Fi, notamment en mode direct ou ad hoc, permet des échanges plus rapides et une portée locale plus large lorsque les conditions le permettent.
D’un point de vue logique, Briar ne considère pas ces canaux comme des réseaux “secondaires”, mais comme des transports alternatifs équivalents à Internet. Les messages sont chiffrés, découpés, stockés et synchronisés de la même manière, quel que soit le médium utilisé. La différence réside uniquement dans la latence et la portée.
Dans un environnement urbain dense, comme certaines villes iraniennes lors de coupures, cette approche permet à des grappes d’utilisateurs de rester connectées localement, même en l’absence totale de réseau mobile ou...
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