La Finlande intercepte un navire et inculpe les 14 membres de l'équipage pour « dommages criminels aggravés » après la rupture d’un câble sous-marin de télécommunication en mer BaltiqueLa police finlandaise a saisi un navire soupçonné d'avoir saboté un câble Internet sous-marin dans le golfe de Finlande. Les 14 membres d’équipage ont été arrêtés. Ils sont de nationalités diverses : Russes, Géorgiens, Kazakhs et Azerbaïdjanais. Le câble endommagé est exploité par l’opérateur de télécommunication Elisa et relie Helsinki (Finlande) à Tallinn (Estonie). La mer Baltique a connu ces dernières années une série d'incidents au cours desquels des câbles sous-marins de télécommunication ont été endommagés ou sectionnés. Les autorités européennes ont soupçonné la flotte fantôme russe d'être à l'origine de certains de ces incidents.
Le 31 décembre 2025, un câble Internet sous-marin exploité par Elisa et reliant Helsinki à Tallinn a été endommagé dans le golfe de Finlande. Ce câble est une infrastructure de communication importante pour la Finlande et l’Estonie. Selon les rapports, les dégâts ont été repérés dans la zone économique exclusive de l’Estonie, mais l’enquête et l’intervention ont ensuite eu lieu après que le navire suspect est entré dans les eaux territoriales finlandaises.
Les forces finlandaises ont intercepté le cargo nommé Fitburg. Selon sa description, il s'agit d'un navire général de 132 mètres construit en 2001 et battant pavillon de Saint-Vincent-et-les Grenadines. Il effectuait une traversée de Saint-Pétersbourg (Russie) vers Haïfa (Israël) au moment de l’incident.
L’inspection des données de suivi maritime (AIS) a montré que le Fitburg avait ralenti et possiblement traîné son ancre dans la zone du câble, ce qui a immédiatement suscité des soupçons que cela puisse être lié aux dommages observés. Le commissaire de la police nationale finlandaise, Ilkka Koskimäki, a déclaré que les 14 membres de l'équipage ont été arrêtés, notant que celle-ci est composée de citoyens russes, géorgiens, kazakhs et azerbaïdjanais.
La police finlandaise a déclaré que les autorités ont pris le contrôle du navire Fitburg dans le cadre d'une opération conjointe. Elles ont ouvert une enquête pour dommages criminels aggravés et interférence avec les télécommunications. « À ce stade, la police enquête sur l'incident comme étant un cas de dommages criminels aggravés, de tentative de dommages criminels aggravés et d'interférence aggravée avec les télécommunications », ont-elles déclaré.
Impact technique de ce nouvel incident sur les communications
Selon le géant finlandais Elisa, malgré le dommage observé, les services de télécommunications n’ont pas été interrompus, car le trafic a été rapidement redirigé via d’autres liaisons existantes. La région possède diverses liaisons redondantes, notamment plusieurs câbles internationaux reliant l’Estonie au reste du monde. Lors d'une conférence de presse, des journalistes ont demandé à la police si le câble avait été endommagé pour le compte d'un autre pays.
Ilkka Koskimäki a répondu : « la police ou les autres autorités ne spéculent pas sur ces questions. Le travail de la police consiste à enquêter sur ce qui s'est passé ». Huit pays de l'OTAN et la Russie bordent la mer Baltique : la Finlande, l'Estonie, le Danemark, l'Allemagne, la Lettonie, la Lituanie, la Pologne et la Suède.
Le gouvernement finlandais a réagi à la situation. « La Finlande est prête à faire face à divers types de défis en matière de sécurité, et nous y répondons si nécessaire », a déclaré le président finlandais Alexander Stubb dans un communiqué publié sur les réseaux sociaux. Le Premier ministre finlandais Petteri Orpo a déclaré avoir discuté de la situation avec son homologue estonien Kristen Michal, ajoutant que les deux pays coopéraient sur cette question.
Le ministère estonien de la Justice et des Affaires numériques que les connexions du pays restent suffisamment sécurisées grâce à d'autres câbles maritimes et terrestres, garantissant ainsi la continuité de tous les services. Le ministère a indiqué qu'un deuxième câble de télécommunications reliant le pays à la Finlande a également été endommagé dans la journée du 31 décembre 2025. Selon le ministère, ce câble appartient à la société suédoise Arelion.
Les câbles Internet sous-marins européens face aux incidents
La mer Baltique a connu ces dernières années une série d'incidents au cours desquels des câbles sous-marins ont été endommagés ou complètement sectionnés. Plusieurs experts et dirigeants politiques européens et américains ont considéré ces incidents récents comme faisant partie d'une « guerre hybride » menée par la Russie contre les pays occidentaux. La question fait l'objet d'une attention accrue depuis l'invasion russe de l'Ukraine en 2022.
Le gouvernement russe a toujours nié toute implication, mais certains des navires soupçonnés d'avoir causé des dommages aux infrastructures sous-marines dans le passé se sont avérés avoir des liens avec la Russie. Voici quelques-uns des incidents recensés dans la région au cours quinze derniers mois :
Novembre 2024 : rupture de deux câbles
- rupture du câble BCS East-West Interlink : ce câble reliant la Lituanie à la Suède a été sectionné le 17 novembre 2024 ;
- rupture du câble C-Lion1 : ce câble connectant la Finlande à l'Allemagne a été sectionné le 18 novembre 2024.
Décembre 2024 : rupture de quatre câbles
- rupture de deux câbles exploités par Elisa : ces câbles relient Helsinki (Finlande) à Tallinn (Estonie) et ont été sectionnés le 25 décembre 2024 ;
- rupture d'un câble appartenant à CITIC Telecom : ce câble a été endommagé le 25 décembre 2024 ;
- rupture du câble C-Lion1 : déjà endommagé en novembre 2024, ce câble a subi de nouveaux dommages le 25 décembre 2024.
Janvier 2025 : un câble endommagé
- En janvier 2025, un câble reliant la Lettonie à l'île suédoise du Gotland a été endommagé, entraînant des perturbations dans les transmissions de données.
Février 2025 : dommages causés à un câble
- Le 21 février 2025, des dommages ont été signalés sur un câble reliant la Finlande à l'Allemagne, avec des soupçons de sabotage dans une zone à l'est de l'île du Gotland.
En 2025, un câble électrique et plusieurs câbles de données de la mer Baltique ont été endommagés après qu'un navire immatriculé aux îles Cook a traîné son ancre sur plus de 80 kilomètres à travers les fonds marins. Les autorités finlandaises et européennes ont déclaré que le navire impliqué dans l'incident, nommé Eagle-S, faisait partie de la flotte fantôme de pétroliers russes, et la Finlande a par la suite inculpé des membres de son équipage.
Cependant, un tribunal de Helsinki a rejeté l'affaire en octobre, estimant que la Finlande n'avait pas compétence en la matière. Ces incidents soulignent également la vulnérabilité des câbles en mer Baltique, souvent situés dans une région marquée par des tensions géopolitiques croissantes. Bien que certains de ces incidents soient attribués à des causes accidentelles, comme les ancres de navires, d'autres suscitent des soupçons de sabotage.
La Russie et la Chine suspectées d'actes de sabotage par les Européens
Selon Matt Mooney, analyste chez Recorded Future, entre 100 et 200 pannes de câble se produisent chaque année, principalement en raison des dommages accidentels causés par les ancres de navires et les chalutiers de pêche. Cependant, Matt Mooney a souligné que le schéma associé aux pannes de câble qui se sont produites dans la mer Baltique au cours des 15 derniers mois rend improbable le fait qu'aucune d'entre elles n'ait été « intentionnelle ».
Par exemple, dans le cas des incidents survenus en novembre 2024, l'enquête menée conjointement par la Suède et la Finlande s'est concentrée sur un cargo : le Yi Peng 3, qui appartient à des Chinois. La présence de ce navire à l'endroit et à l'heure des deux coupures de câble a conduit le ministre allemand de la Défense, Boris Pistorius, à évoquer un acte de sabotage. Les soupçons ont été alimentés par le comportement du navire à proximité des câbles.
La vitesse du navire a été réduite à l'approche des deux câbles, et son transpondeur a été désactivé lorsqu'il est passé au-dessus le câble C-Lion1. Les investigations ont révélé des traces de traînée sur le fond marin et une ancre tordue sur le navire, ce qui suggère un mouillage intentionnel de l'ancre.
Mais les incidents suspects ne se limitent pas à la mer Baltique. En avril 2021, une section de 12 tonnes d'un câble appartenant à l'observatoire océanique norvégien Lofoten-Vesterålen a été arrachée, provoquant une panne. L'enquête a révélé que le câble avait été coupé net, ce qui laisse supposer un acte délibéré. Le chalutier russe Saami avait effectué des manœuvres suspectes dans la zone, passant et repassant au moins quatre fois au-dessus du câble.
Il se trouvait juste au-dessus du câble au moment de la panne. Huit mois plus tard, un câble de communication reliant la Norvège continentale au Svalbard a été endommagé. Le câble avait été enfoui sous le fond marin pour le protéger. Des images ont révélé que de profondes tranchées avaient été creusées dans la boue, ce qui suggère un acte délibéré. Les chalutiers russes Melkart 5 et Yagry se trouvaient dans la zone et avaient un comportement suspect.
Les propriétaires des navires ont nié tout acte répréhensible. La nature complexe du transport maritime mondial fait qu'il est difficile de déterminer clairement les responsabilités. Les navires opèrent souvent sous des « pavillons de complaisance », qui permettent à leurs propriétaires d'enregistrer le navire dans des pays qui offrent des réglementations plus souples et davantage d'anonymat, et les équipages sont souvent recrutés dans différents pays.
Une réponse internationale face à ces menaces
Face à ces incidents répétés, les gouvernements européens, en coopération avec l'OTAN et d'autres alliés internationaux, ont intensifié leurs efforts pour sécuriser les infrastructures critiques. Des mesures de surveillance accrue ont été mises en place pour surveiller les pipelines, les câbles sous-marins, et autres infrastructures sensibles, en utilisant des technologies de pointe, telles que des drones, des satellites et des systèmes de détection sous-marine.
Cependant, la question reste ouverte : jusqu’où ces efforts de protection seront-ils suffisants ? Les incidents soupçonnés comme étant des actes de sabotage peuvent être difficiles à détecter et à prévenir, surtout lorsqu’ils sont menés de manière furtive, sans laisser de trace évidente d'un acte malveillant.
En outre, la Russie ayant la capacité de mener des opérations sophistiquées tout en niant toute implication, il est difficile pour les gouvernements de prouver formellement leur responsabilité. Cela complique les discussions diplomatiques et rend les réponses militaires moins directes.
Conclusion : l’Europe face à une menace invisible
Cet incident s’inscrit dans une série d’endommagements de câbles et d’infrastructures sous-marins dans la région de la mer Baltique, alimentant des inquiétudes sur des actes de sabotage ou des menaces hybrides. Cette guerre hybride, présumément orchestrée par la Russie, met en lumière la vulnérabilité des infrastructures vitales de l'Europe, ainsi que la montée des tensions géopolitiques dans un monde de plus en plus interconnecté.
En attaquant les infrastructures essentielles de télécommunication située en mer Baltique, la Russie semble chercher à créer une instabilité à long terme, tout en poursuivant des objectifs stratégiques plus larges dans sa confrontation avec l’Occident. Des soupçons pèsent également sur la Chine.
En mars 2025, des scientifiques chinois ont dévoilé un dispositif capable de sectionner les câbles sous-marins de télécommunication. Le coupe-câble chinois pourrait couper 95 % des communications mondiales et fonctionner à des profondeurs extrêmes. Ce dispositif confère désormais à la Chine le pouvoir de perturber les communications mondiales. C'est la toute première fois qu'un pays révèle officiellement qu'il dispose d'un tel outil.
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