L'Inde bloque l'accès à Internet au Cachemire au nom de « la paix et la tranquillité »
Maintenant, « Nous ne pouvons rien faire », a dit un pharmacien qui s'approvisionnait en ligne, selon un rapport

Le , par Stan Adkens

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Le gouvernement indien a trouvé une manière d’instaurer « la paix et la tranquillité » dans certaines parties du pays. Il s’agit de bloquer l’accès à Internet, privant ainsi les opérateurs économiques de leur moyen d’approvisionnement et les citoyens indiens d’une source importante d’information. Le dernier blocus concerne la région Jammu-et-Cachemire où la fermeture de l’accès à Internet et au téléphone par le gouvernement indien durait depuis 11 jours au moment où le New York Times publiait son rapport le mercredi. Selon le rapport, le blocus a paralysé le Cachemire.

Les autorités indiennes ont montré qu’il pouvait ouvrir le pays à l’Internet, le Premier ministre Narendra Modi ayant encouragé l'adoption rapide de l'Internet, en particulier sur les smartphones, pour moderniser l'Inde et la sortir de la pauvreté. Mais le pays est également le leader mondial dans la fermeture d'Internet. Selon The Times, le pays a de plus en plus déployé les interruptions de la communication et l’accès à Internet pour réprimer les protestations potentielles, empêcher les rumeurs de se répandre sur WhatsApp, organiser des élections et même empêcher les étudiants de tricher à leurs examens.


Selon le rapport, ce blocus de l'information faisait partie intégrante de la décision unilatérale prise par les autorités indiennes la semaine dernière de mettre fin à l'autonomie du Jammu-et-Cachemire, une région de 12,5 millions d'habitants revendiquée par l'Inde et le Pakistan et qui a longtemps été une source de tension. Le blocus a mis un terme à toutes les activités, allant des simples communications familiales à la circulation de l'argent et de l'information en passant par les divertissements en ligne et autres transactions quotidiennes.

Les commerçants et les populations du Cachemire s'insurgent contre les fermetures de l’accès à Internet

Le rétablissement des communications téléphoniques et Internet tels que des appels Whatsapp dans la région est tellement incertain que Masroor Nazir, un pharmacien à Srinagar, la plus grande ville du Cachemire, n’a eu que quelques conseils à donner aux habitants de la région : ne tombez pas malade, car il se peut qu'il n'ait plus de médicaments pour vous aider, a dit M. Nazir, selon le rapport.


Le pharmacien de 28 a déclaré : « Nous utilisions Internet pour tout, ». Selon The Times, le pharmacien se connectait normalement en ligne pour commander de nouveaux médicaments et pour répondre aux demandes d'autres pharmacies dans les régions plus rurales de la vallée du Cachemire. Mais maintenant, « nous ne pouvons plus rien faire ».

Les commerçants ont confié au New York Times que les produits vitaux comme l'insuline et les aliments pour bébés, qu'ils commandaient généralement en ligne, étaient en rupture de stock. Ils se plaignaient aussi du fait que l'argent liquide était rare, car les portes et fenêtres des banques et des guichets A.T.M., qui s'appuyaient sur Internet pour chaque transaction, sont fermées. Les médecins sont également privés de toute communication avec leurs patients. Selon le rapport, le public n'a pu téléphoner que dans quelques bureaux du gouvernement dotés de téléphones fixes, avec une longue attente avant d'obtenir quelques minutes d'accès.


Le blocus n’a pas épargné, Umar Qayoom, un employé de Paytm (un service de paiement numérique), qui passait sa journée à chercher des clients pour l’entreprise. Maintenant, il n’a plus rien à faire. Il a dit à The Times qu’il ne pouvait même pas contacter sa petite amie et ne pouvait lire les vidéos sur Youtube ni aller sur les réseaux sociaux non plus. « Je ne sais pas quand dormir, quand me réveiller, quoi faire de ma vie », a-t-il dit au quotidien lors d’une de ses rares sorties lundi soir à l’occasion de l'Aïd al-Adha, la fête la plus sainte de l'Islam. « Il n'y a pas de vie sans Internet, même au Cachemire », a-t-il ajouté.

Cachemire n’est pas la première région touchée par ces interruptions prolongées d’Internet, mais selon le rapport, cette dernière fermeture a été beaucoup plus brutale que les précédentes. Le fait est que personne ne sait combien de temps durera le black-out numérique. Selon le rapport, Internet a été bloqué au Cachemire pendant plus de quatre mois, en 2016. Et cela a fait des dégâts parmi des étudiants, des entreprises et même des musiciens, qui comptaient sur YouTube, Instagram et d'autres services numériques pour rejoindre leurs publics potentiels.

Les interruptions de l’accès au Web ou aux réseaux mobiles en Inde ne datent pas d’aujourd’hui

Selon le rapport, l'Inde a bloqué l'Internet 134 fois l’année dernière, contre 12 fermetures au Pakistan, le deuxième pays dans le domaine, selon Access Now, un groupe mondial de défense des droits numériques, qui a déclaré que ses données sous-estiment le nombre d'incidents. Mishi Choudhary, fondateur de SFLC.in, un groupe de défense juridique à New Delhi qui a suivi la forte augmentation des pannes d'Internet en Inde depuis 2012 a déclaré : « Fermer l'Internet est devenu le premier réflexe lorsque l’on tend vers le moment où la police pense qu'il y aura des troubles ».

Les forces de sécurité s'inquiètent constamment des attaques de militants séparatistes au Jammu-et-Cachemire, un territoire à majorité musulmane. L’Internet a été bloqué au moins 54 fois dans une partie de la région seulement cette année, selon les données du SFLC.in. Les autorités ordonnent simplement aux fournisseurs de services Internet et aux compagnies de téléphone de cesser de fournir l'accès au Web ou aux réseaux mobiles, a rapporté The Times.

Selon le quotidien, lors d'une audience tenue mardi dernier, la Cour suprême de l'Inde a refusé de lever les restrictions actuelles, acceptant l'argument du gouvernement selon lequel la fermeture était nécessaire pour maintenir l'ordre et serait « bientôt réglée ». Le lendemain, la police a indiqué que la majeure partie de la vallée resterait coupée de l’Internet, même le jeudi, jour de l'indépendance du pays.

Gurshabad Grover, responsable politique au Centre pour Internet et la société à Bangalore, a déclaré avec ironie que « Le Cachemire est devenu invisible même pour lui-même », citant ainsi un passage récent dans The Indian Express. Le centre a aussi publié l'année dernière un rapport sur le bilan social et économique des pannes d'Internet en Inde.

Les autorités indiennes continuent les fermetures d’internet, malgré leur condamnation à plusieurs reprises par les Nations Unies

The Times a rapporté que les Nations Unies ont condamné à plusieurs reprises les fermetures d'Internet ordonnées par le gouvernement comme une violation des droits de l'homme. Raman Jit Singh Chima, directeur de la politique Asie-Pacifique chez Access Now, a aussi déclaré que les responsables indiens ont vu peu de conséquences négatives des fermetures, alors ils continuent à les utiliser. « C'est devenu une procédure opérationnelle standard au sein de la police », a-t-il ajouté.

Mais ces interventions n’ont pas empêché l'Inde d'utiliser régulièrement cet outil à chaque fois que les autorités pensent qu’il va y avoir des troubles. En vertu des lois indiennes, les autorités, même au niveau local, peuvent facilement fermer l'accès à Internet au nom de la « paix et de la tranquillité ».

Rahul Pandey, directeur adjoint de la police de Darjeeling, une autre région dans le nord-est de l'Inde, où l'Internet a été bloqué pendant environ 100 jours en 2017, a déclaré que « Cela aide dans n'importe quelle situation qui peut exacerber les sentiments des gens et stimuler la mobilisation générale de la population ». La fermeture de Darjeeling est intervenue après que le gouvernement de l'État eut décidé qu'il devait mettre fin à un mouvement séparatiste qui s'était violemment opposé aux forces de sécurité.

La situation au Cachemire fait penser à la région de Xinjiang en Chine qui est connue pour être la région où les autorités chinoises mènent une vaste campagne de surveillance et d'oppression contre les ouïghoures, une population musulmane locale qui vit constamment sous le regard des systèmes de reconnaissance faciale et de vidéosurveillance. Mais le gouvernement indien a préféré des pannes d’Internet pour empêcher la diffusion de fausses informations. Mais selon le rapport, malgré le black-out numérique, les rumeurs ont continué à se répandre à l'ancienne, c'est-à-dire de bouche-à-oreille.

Le coût réel élevé des interruptions de l’accès au Web ou aux réseaux mobiles en Inde

Le quotidien a rapporté que les interruptions d'Internet de 2012 à 2017 ont coûté à l'économie indienne plus de 3 milliards de dollars, selon les estimations de l’année dernière du Conseil indien pour la recherche sur les relations économiques internationales. Les blocus ont également fait grimper le nombre d'arrêts de travail depuis lors.


La légendaire industrie du thé de Darjeeling a souffert de la fermeture des communications dans la région. Selon le rapport, ce moteur de l'économie locale a perdu la majeure partie de la récolte d'une année en raison de la grève des travailleurs et la production a également souffert l'année suivante. De nombreux acheteurs et négociants de thé de l’entreprise ont dû se tourner vers d’autres fournisseurs pendant la perturbation et ne sont jamais revenus, a déclaré Girish Sarda, directeur de Nathmulls, un exportateur de thé dans la région.

« Nous avons perdu beaucoup de clients », a-t-il déclaré, estimant que les revenus de la société avaient chuté de plus de 30 % à l'époque. « Même quand Internet est revenu, les gens pensent que ce business est probablement fermé », a-t-il ajouté.

Ce n’est pas la première fois que l’Inde est citée dans des affaires d’oppression sur Internet. Selon un rapport publié par The Telegraph en décembre dernier, un mouvement de partis de l’opposition indienne a interpellé l’Inde qu’elle risquait de créer un « Etat de surveillance », après que le pays ait autorisé 10 agences du gouvernement fédéral à intercepter et à surveiller des informations provenant de n’importe quel ordinateur.

Mais fermer Internet alors que beaucoup de gens en dépendent pour leur subsistance est la chose la moins judicieuse à faire lorsque vous essayez d'assimiler une région qui vous est hostile, a écrit un commentateur du rapport.

Source : The New York Times

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Quels commentaires faites-vous de ce que l’Inde bloque l’accès à l’information au nom de « la paix et la tranquillité » ?
Que pensez-vous de ces pratiques venant d’un gouvernement qui s’est prononcé en faveur de la neutralité d'Internet l’année dernière ?

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Avatar de psychadelic
Expert confirmé https://www.developpez.com
Le 17/08/2019 à 22:37
Citation Envoyé par Madmac Voir le message
Le territoire est contesté par des Musulmans. C'est quand plus civilisé que de les égorgés.
Traduction ?
c'est ton introduction pour un cours d'histoire sur la partition de l'Inde après le départ des Anglais ?
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Avatar de psychadelic
Expert confirmé https://www.developpez.com
Le 20/08/2019 à 1:17
Citation Envoyé par Madmac Voir le message
Tu va prétendre que Ghandi a démarré les hostilités ?
https://fr.wikipedia.org/wiki/Manich...sme_(attitude)
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Avatar de psychadelic
Expert confirmé https://www.developpez.com
Le 17/08/2019 à 20:17
Malheureusement l'Inde utilise souvent la coupure Internet pour assujettir ses populations.
J'avais découvert ça l'année dernière avec la répression contre le Gorkhaland 100jours de coupure et 9 morts civils, les journalistes ne s'en sont pas beaucoup préoccupés...

D'autres pays font de même, car c'est un "bon moyen" de cacher les exactions...
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Avatar de Madmac
Membre éprouvé https://www.developpez.com
Le 20/08/2019 à 4:55
Faute de contre-argument, tu tentes de m'enfumer



La vérité est très simple; Un musulman sur une île déserte trouverait le moyen d'empoisonner la vie de quelqu'un. C'est la seule chose dans laquelle, ils excellent. Et la deuxième est de remplir les prisons.
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Avatar de nasserk
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Le 17/08/2019 à 12:06
Ils voient les gens comme des chiffres, quelques centaines de morts par manque de médicaments, pour eux ce n'est rien, pas assez grand pour affoler les organisations internationalles et la comunauté internationalle...
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Avatar de Madmac
Membre éprouvé https://www.developpez.com
Le 19/08/2019 à 19:37
Citation Envoyé par psychadelic Voir le message
Traduction ?
c'est ton introduction pour un cours d'histoire sur la partition de l'Inde après le départ des Anglais ?
Tu va prétendre que Ghandi a démarré les hostilités ?
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Avatar de laerne
Membre éprouvé https://www.developpez.com
Le 20/08/2019 à 9:13
Citation Envoyé par Madmac Voir le message
C'est quand plus civilisé que de les égorgés.
Et régler ça de manière civilisée avec un referendum, comme promis par les deux côtés en 1953 ?
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Avatar de Madmac
Membre éprouvé https://www.developpez.com
Le 21/08/2019 à 6:25
Citation Envoyé par laerne Voir le message
Et régler ça de manière civilisée avec un referendum, comme promis par les deux côtés en 1953 ?
Comportement civilisé et islam. Deux concepts incompatibles.
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Avatar de Madmac
Membre éprouvé https://www.developpez.com
Le 17/08/2019 à 21:13
Le territoire est contesté par des Musulmans. C'est quand plus civilisé que de les égorgés.
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