Facebook se défend contre l'appel à la dissolution du cofondateur,
Selon la société, les défis ne s'évaporeront pas avec le démantèlement

Le , par Stan Adkens

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Les appels au démantèlement du plus grand réseau social du monde continuent et le dernier lancé le jeudi dernier venait de Chris Hughes, un Américain qui a cofondé Facebook en 2004 à Harvard avec Zuckerberg et Dustin Moskovitz. Hughes, qui a quitté Facebook en 2007, a écrit un éditorial dans le New York Times le jeudi appelant à la dissolution de l'entreprise, car selon lui, le PDG de Facebook « s'est concentré sur la croissance, ce qui l'a poussé à sacrifier la sécurité et la civilité au profit du clic ». Chris Hughes a demandé également que Zuckerberg soit tenu responsable des atteintes à la vie privée et autres manquements au sein de l'entreprise. Facebook n’a pas tardé à réagir le même jour dans un article, en répondant que sa taille n'est pas le vrai problème et que son démantèlement ne règlerait pas les défis auxquels M. Hughes a fait allusion dans son article d’opinion.

Facebook a rejeté l’appel du cofondateur par la voix de son vice-président des affaires mondiales et des communications, Nick Clegg, qui a rédigé un article jeudi, dans lequel il a reconnu que « les entreprises devraient être tenues responsables de leurs actes ». Toutefois, M. Clegg a affirmé dans son article que les entreprises de technologie comme Facebook ne devraient pas être celles qui traitent toutes les « questions sociales, politiques et éthiques importantes » pour l’Internet.


Dans son éditorial su New York Times, Chris Hughes a déclaré que « Cela fait 15 ans que j'ai cofondé Facebook à Harvard et je n’ai plus travaillé pour la société depuis une décennie. Mais je ressens un sentiment de colère et de responsabilité ». Pour lui, le problème avec Facebook va même bien au-delà du simple problème relatif à l’économie. Il a avancé que les algorithmes des fils d’actualité dictent le contenu que des millions de personnes voient chaque jour, ses règles de contenu définissent ce qui constitue un discours de haine, et il n’existe aucun contrôle démocratique de ces processus. La propriété de Zuckerberg sur la majorité des actions de Facebook signifie qu’il n’y a aucun contrôle interne sur son pouvoir, et qu’aucune agence gouvernementale ne se consacre à la supervision d’une entreprise comme Facebook.

Il a écrit également que « L’influence de Mark est stupéfiante, bien au-delà de toute autre personne du secteur privé ou du gouvernement. Il contrôle trois plateformes de communication principales - Facebook, Instagram et WhatsApp - utilisées par des milliards de personnes chaque jour ». Pour lui, la Federal Trade Commission devrait annuler l'acquisition de WhatsApp et Instagram par Facebook afin de créer une concurrence accrue sur les marchés des médias sociaux et de la messagerie.

Certains politiciens ont fait des sorties pour manifester leur soutien à Hughes. C'est le cas de la sénatrice Elizabeth Warren, une démocrate du Massachusetts et également candidate à la présidence 2020 aux Eatats-Unis, qui a tweeté : « Chris Hughes a raison. Les grandes entreprises technologiques d'aujourd'hui ont trop de pouvoir sur notre économie, notre société et notre démocratie. Elles ont détruit la concurrence, ont utilisé nos informations privées à des fins lucratives, ont nui aux petites entreprises et ont freiné l'innovation ».

Pour rappel, la sénatrice Warren a dévoilé un plan de démantèlement de Facebook, Amazon.com Inc et Google d'Alphabet Inc et a promis de le mettre en exécution si elle était élue présidente des Etats-Unis à l’issue des élections 2020. Le plan de la sénatrice viserait à mettre fin à certaines des fusions les plus médiatisées de l'industrie, comme les combinaisons d'Amazon et Whole Foods, de Google et DoubleClick, ainsi que l'acquisition par Facebook d'Instagram et de WhatsApp. Tel est également le souhait de M. Hughes.

Mais selon Nick Clegg, démanteler Facebook, comme le demande Hughes, ne serait pas la bonne façon de procéder. « Les défis auxquels il fait allusion, écrit Clegg, y compris l'ingérence électorale et les mesures de protection de la vie privée, ne s'évaporeront pas en démantelant Facebook ou toute autre grande entreprise technologique ». M. Clegg a poursuivi en réitérant bon nombre des points de discussion habituels de Facebook : que l’entreprise a été un tremplin positif pour le monde en connectant tout le monde, en permettant aux entreprises de prospérer et aux gens de recueillir beaucoup d'argent pour des causes importantes dans le monde entier.

Le réseau social de Facebook compte plus de 2 milliards d'utilisateurs. Elle possède également WhatsApp, Messenger et Instagram, utilisés chacun par plus d'un milliard de personnes. Cette grande taille est depuis longtemps reprochée à Facebook par des politiciens, les régulateurs et les organisations de protection de vie privée. Chris Hughes a écrit à ce propos :

« Nous sommes une nation avec une tradition de contrôle des monopoles, aussi bien intentionnés que soient les dirigeants de ces entreprises. Le pouvoir de Mark est sans précédent et anti-américain ». Selon M. Hughes, « Le gouvernement doit tenir Mark responsable. Pendant trop longtemps, les législateurs se sont émerveillés de la croissance explosive de Facebook et ont négligé leur responsabilité de veiller à ce que les Américains soient protégés et à ce que les marchés soient concurrentiels ».

Nick Clegg a répondu en disant que « Facebook accepte que le succès s'accompagne de la responsabilité. Mais ce n'est pas en appelant au démantèlement d'une entreprise américaine prospère que l'on fait respecter l'obligation de rendre des comptes ». « La responsabilité des entreprises de technologie ne peut être obtenue que par l'introduction minutieuse de nouvelles règles pour l'Internet. C'est exactement ce que Mark Zuckerberg a demandé », a-t-il ajouté.

Zuckerberg a également répondu à l'éditorial pendant son séjour en France, en disant que « ma principale réaction a été que ce que [Hughes] propose que nous fassions ne va rien faire pour aider à résoudre ces problèmes ».


En effet, le PDG de Facebook a eu une réunion à Paris le vendredi dernier avec le président Emmanuel Macron pour parler de la régulation de l’Internet et notamment des réseaux sociaux. À la sortie de l’Élysée, le PDG de Facebook s'est dit « optimiste quant à la législation » que les pouvoirs publics français envisagent sur les réseaux sociaux. Il a déclaré aux journalistes que « J'ai bon espoir qu'elle pourra devenir un modèle » utilisé « dans l'Union européenne ». La France prépare une législation qui obligera les médias sociaux à supprimer plus vite de leur plateforme les insultes, le harcèlement, les propos sexistes, racistes, homophobes, antisémites, antimusulmans, haineux, injurieux.

Hughes dans son article d’opinion a affirmé qu'aucun nouveau réseau social n'a été lancé depuis 2011 et que 84 % des dépenses en publicités sur les médias sociaux vont directement à Facebook. Clegg a rejeté cet argument et a soutenu dans son article que Facebook n'est pas un monopole, en affirmant que ses revenus ne représentent que 20 % du marché publicitaire. De plus, Hughes ne comprend pas bien la loi antitrust, et ces lois sont désuètes et ne seraient pas efficaces de toute façon, a-t-il ajouté.

A propos de la taille de Facebook que Hughes critique essentiellement, Clegg a ajouté encore une fois qu’elle ne constituait pas vraiment un problème. Selon lui, c’est cette taille et cette échelle qui ont permis à Facebook d'innover et d'atteindre des milliards de personnes. Pour Clegg, éliminer le terrorisme et les contenus haineux, désamorcer les efforts des gouvernements étrangers qui tentent d'interférer dans les élections et protéger les données des utilisateurs, « Ce serait pratiquement impossible pour une petite entreprise », a-t-il écrit.

Toutefois, aucun de ces problèmes ne serait possible avec des entreprises de petite ou moyenne taille qui se livrent à une saine concurrence. Et par ailleurs, tous les problèmes que Facebook tente difficilement de résoudre sont exacerbés par l'incroyable portée de Facebook dans le monde. Aussi peut-être que les défis auxquels font face les médias sociaux, y compris la haine sur Internet, ne s'évaporeront pas avec le démantèlement des géants du numérique, mais ils seront peut-être un peu plus faciles à gérer avec une empreinte plus petite.

L'attentat de mars à Christchurch en Nouvelle-Zélande a occasionné la mort d’une cinquantaine de personnes et les vidéos de la fusillade se sont rapidement répandues sur Internet grâce à la taille, à l’échelle et aux pratiques algorithmiques des géants des médias sociaux.

Source : Reuters

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Avatar de Stéphane le calme
Chroniqueur Actualités https://www.developpez.com
Le 26/05/2019 à 20:19
Pour Mark Zuckerberg, il n'est pas question d'envisager le démantèlement de Facebook,
le PDG penche plutôt pour une « régulation d’internet »

Après la succession de scandales dont le point de départ était Cambridge Analytica, de nombreuses voix se sont levées pour militer en faveur du démantèlement du numéro un des réseaux sociaux.

Parmi elles, nous pouvons citer Chris Hughes, qui a aidé Mark Zuckerberg à lancer Facebook de son dortoir à Harvard il y a 15 ans. Ce dernier a déclaré que la Federal Trade Commission devrait annuler l'acquisition de WhatsApp et Instagram par Facebook afin de créer une concurrence accrue sur les marchés des médias sociaux et de la messagerie.

« L’influence de Mark est stupéfiante, bien au-delà de toute autre personne du secteur privé ou du gouvernement. Il contrôle trois plateformes de communication principales - Facebook, Instagram et WhatsApp - utilisées par des milliards de personnes chaque jour », avance le co-fondateur de Facebook. « Le conseil d’administration de Facebook fonctionne plus comme un comité consultatif que comme un superviseur, car Mark contrôle environ 60% des actions avec droit de vote. Mark seul peut décider comment configurer les algorithmes de Facebook pour déterminer ce que les gens voient dans leurs fils d’actualités, quels paramètres de confidentialité ils peuvent utiliser et même quels messages sont livrés. Il définit les règles permettant de distinguer les discours violents et incendiaires des discours simplement offensants, et il peut choisir de bloquer un concurrent en l'acquérant, en le bloquant ou en le copiant ».

Des politiciens, parmi lesquels la sénatrice Elizabeth Warren, ont également fait valoir qu’ils étaient en faveur de ce démantèlement. Dans un tweet, elle a déclaré : « Chris Hughes a raison. Les grandes entreprises technologiques d'aujourd'hui ont trop de pouvoir sur notre économie, notre société et notre démocratie. Elles ont détruit la concurrence, ont utilisé nos informations privées à des fins lucratives, ont nui aux petites entreprises et ont freiné l'innovation ».


Le démantèlement est-il une solution ? Non, d’après Facebook

Bien entendu l’idée de démantèlement était loin de faire l’unanimité. Nous pouvons évoquer par exemple Kevin Systrom et Mike Krieger, les co-fondateurs d’Instagram, qui ont quitté Facebook l’automne dernier, et ont soutenu que le démantèlement de Facebook n’est pas une solution :

« Nous vivons à une époque où la colère contre les grandes technologies a été multipliée par dix », a déclaré Systrom, l'ancien PDG d'Instagram. « Maintenant, que ce soit parce que les prix de l'immobilier dans votre quartier ont augmenté, ou parce que vous n'aimez pas l'ingérence de la Russie lors des élections, peu importe, il existe une longue liste de raisons pour lesquelles les gens sont en colère contre la technologie. Je pense que certaines sont bien fondées. Mais cela ne veut pas dire que la solution est de démanteler toutes les entreprises ».


Kevin Systrom, cofondateur d'Instagram

Après une première réaction du vice-président des affaires mondiales et des communications, Nick Clegg, le PDG de Facebook a rejeté à son tour toute idée de démantèlement du groupe car cela « ne règlerait pas les problèmes » liés aux contenus ou à la vie privée, contre lesquels il dit lutter ardemment. Pour illustrer son propos, il a sorti des chiffres : Facebook a supprimé plus de 2 milliards de faux comptes en trois mois.

Zuckerberg penche plutôt pour une « régulation d’internet »

Le groupe a dit avoir désactivé immédiatement, c'est-à-dire avant même qu'ils ne deviennent actifs, 1,2 milliard de comptes au dernier trimestre 2018 et 2,2 milliards sur les trois premiers mois de 2019. Cette hausse est « due aux attaques automatisées d'acteurs malveillants (cherchant à) créer de larges volumes de comptes en même temps ».

Selon Facebook, ces comptes-là sont faciles à repérer par ses systèmes automatisés et il parvient à presque tous les supprimer avant qu'ils ne créent de «tort». Il peut s'agir de comptes destinés à envoyer des courriers indésirables par exemple.

Toutefois, le réseau social estime que 5% des comptes actuellement comptabilisés comme actifs sur la plateforme sont «faux» - c'est-à-dire par exemple qu'ils ne représentent pas une vraie personne ou une organisation - sur un total de quelque 2,4 milliards d'usagers mensuels actifs.

Plus difficiles à repérer, ils peuvent servir à relayer des campagnes de désinformation à des fins de manipulation politique, l'un des sujets qui empoisonnent Facebook. Le groupe annonce régulièrement des vagues de suppressions de comptes actifs jugés « inauthentiques ».

Oter les « contenus nocifs », « empêcher les ingérences dans les élections, nous assurer que nous avons les bons outils de confidentialité », entre autres, sont « selon moi, les sujets de société les plus importants à l'heure actuelle » et « je ne pense vraiment pas que (...) démanteler l'entreprise va les régler », a déclaré Mark Zuckerberg.

S’il ne croit pas au démantèlement de son entreprise, Mark Zuckerberg a déclaré être favorable « à une régulation d'internet » : « Je ne pense pas que les entreprises doivent prendre seules toutes les décisions sur ce qu'on peut voir ou non sur internet ».

Source : AFP

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Avatar de Christian Olivier
Chroniqueur Actualités https://www.developpez.com
Le 02/08/2019 à 22:35
Aux Etats-Unis, la FTC enquête sur l’entreprise de Zuckerberg
Facebook est soupçonné de pratiques antitrust à cause de sa politique d’acquisition

Aux États-Unis, la politique d’acquisition de l’entreprise de Mark Zuckerberg est au cœur d’une investigation fédérale motivée par des soupçons de pratiques anticoncurrentielles. La FTC (Federal Trading Commission) est engagé dans un procédure visant à établir si les acquisitions du géant des réseaux sociaux Facebook faisaient partie d’une campagne savamment orchestrée par l’entreprise de Zuckerberg pour mettre la main sur des concurrents potentiels avant que ces derniers ne deviennent une menace, a rapporté le Wall Street Journal. Facebook a confirmé l’existence de cette procédure à son encontre la semaine dernière en marge de la publication de ses résultats financiers du deuxième trimestre 2019, sans fournir de détails.


Les enquêteurs de la FTC ont commencé à approcher les personnes qui ont fondé des entreprises rachetées ultérieurement par Facebook, ont indiqué des sources proches du dossier. Ils recherchent des éléments susceptibles de prouver que Facebook a racheté des start-ups uniquement à cause de la menace qu’elles auraient pu représenter pour le groupe plus tard. Le rachat d’Instagram pour 1 milliard de dollars en 2012 et de Whatsapp en 2014 pour 19 milliards de dollars seraient les exemples les plus flagrants de cette politique défensive visant à protéger la position dominante de la société sur le marché des réseaux sociaux.

Dans une autre affaire clôturée récemment, le régulateur a imposé une amende de 5 milliards de dollars à la firme de Menlo Park en raison de ses pratiques en matière de traitement des données personnelles de ses utilisateurs. Par ailleurs, quelques jours seulement après que le gouvernement américain ait ordonné l’ouverture d’une enquête antitrust générale contre la Big Tech, le New York Times et le Washington Post ont annoncé conjointement que Chris Hughes, le cofondateur du géant des réseaux sociaux Facebook, s’est allié aux autorités US pour le démantèlement de l’entreprise de Mark Zuckerberg.

Les détracteurs du promoteur de la cryptomonnaie Libra estiment que le gouvernement américain et les législateurs US ont pendant trop longtemps été émerveillés par la croissance fulgurante de Facebook et négligé leur responsabilité vis-à-vis de la protection des droits des Américains, mais aussi de la compétitivité des marchés. D’après eux, il est grand temps que les régulateurs demandent des comptes à Zuckerberg.

Source : Wall Street Journal

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Avatar de Bill Fassinou
Chroniqueur Actualités https://www.developpez.com
Le 28/07/2019 à 22:40
Chris Hughes, le cofondateur de Facebook, s'allie aux autorités US
pour œuvrer au démantèlement du réseau social

Quelques jours après que le gouvernement américain ait lancé une enquête générale antitrust contre la Big Tech, le New York Times et le Washington Post ont annoncé conjointement ce vendredi que Chris Hughes revient également à la charge dans sa campagne de démantèlement de Facebook, la plus grande société de médias sociaux qu’il a fondée avec Mark Zuckerberg. Ces dernières semaines, il aurait rencontré de hauts cadres du gouvernement américain et du Département de la justice, des universitaires, des procureurs généraux et les dirigeants de la Federal Trade Commission pour discuter d’un potentiel dossier antitrust contre Facebook.

Selon des rapports publiés séparément par le New York Times et Washington Post ce vendredi, Hughes, qui a quitté le géant des médias sociaux en 2007 et a encaissé ses actions pour une valeur de près de 500 millions de dollars, a fait le tour de la capitale du pays pour plaider en faveur du démantèlement du réseau social. Il s’est rendu dans la capitale du pays pour rencontrer une douzaine de législateurs et de régulateurs du ministère de la Justice, les responsables de la Federal Trade Commission (FTC) et d'autres agences intéressées à examiner si Facebook a amassé trop de pouvoir au cours de ces dix dernières années.

Il s'est aussi entretenu avec le personnel du procureur général de New York. Pendant son tour de la capitale, il a également rencontré deux éminents universitaires du droit de la concurrence, Scott Hemphill de l'Université de New York et Tim Wu de l'Université de Columbia. Au cours des différentes réunions qu’il a tenues, Chris Hughes et ses interlocuteurs auraient discuté d’un potentiel dossier antitrust mettant en accusation le géant des médias sociaux, qui compte aujourd’hui plus de 2.7 milliards d’utilisateurs actifs par mois. Pour Hughes, le constat est simple : « Facebook et Mark Zuckerberg tuent la concurrence ».

En effet, il avait déjà insinué cela lorsqu’il a lancé son appel au démantèlement de Facebook en mai dernier dans un éditorial qu’il a publié dans le New York Times. « Cela fait 15 ans que j'ai cofondé Facebook à Harvard et je n’ai plus travaillé pour la société depuis une décennie. Mais je ressens un sentiment de colère et de responsabilité. L’influence de Mark est stupéfiante, bien au-delà de toute autre personne du secteur privé ou du gouvernement. Il contrôle trois plateformes de communication principales - Facebook, Instagram et WhatsApp - utilisées par des milliards de personnes chaque jour », a déclaré Hughes dans son article qu’il a publié dans le New York Times.


Selon lui, le gouvernement doit demander des comptes à Mark. Il estime que pendant trop longtemps, les législateurs se sont émerveillés de la croissance explosive de Facebook et ont négligé leur responsabilité de veiller à la protection des Américains et à la compétitivité des marchés. « Bientôt, la Federal Trade Commission devrait infliger une amende de 5 milliards de dollars à l'entreprise, mais cela ne suffit pas. Facebook ne propose pas non plus de nommer une sorte de responsable de la protection de la vie privée. Après le témoignage de Mark au Congrès l’an dernier, il aurait fallu lui demander d’assumer vraiment ses erreurs », avait-il expliqué dans son éditorial.

Selon Hughes, les législateurs qui ont interrogé Mark Zuckerberg après le scandale du Cambridge Analytica ont été ridiculisés et présentés comme étant trop vieux et déconnectés pour comprendre le fonctionnement de la technologie. Pour lui, c’est l’impression que Zuckerberg voulait que les Américains obtiennent, car cela signifie que peu de choses changeront. Tout de suite après sa déclaration, il a été rejoint par des personnalités politiques comme la sénatrice Elizabeth Warren ou des journalistes comme l’ancien éditorialiste du Wall Street Journal, Walt Mossberg.

Ces derniers avaient saisi Twitter pour témoigner leur soutien à Hughes, soulignant qu'ils partagent son opinion, à savoir le démantèlement de Facebook et une réglementation des entités restantes en vertu d'une nouvelle loi fédérale sévère sur la protection de la vie privée. Ceux qui veulent que le gouvernement dissolve Facebook soutiennent que cette décision entraînerait une concurrence accrue entre les entreprises de médias sociaux, ce qui pourrait signifier plus d'options pour les consommateurs. D'autres disent également que cela pousserait la société à faire plus d'efforts en matière de protection de la vie privée.

Jusque-là, on ne sait pas encore si ces différentes sorties suffiront pour faire dissoudre Facebook, mais toujours est-il que si cela se produisait, ce serait un cas rare. Comment cela se passerait-il ? Difficile de l’imaginer pour l’instant, mais Hughes et ses compagnons ne baissent pas pour autant les bras. Selon les deux médias américains, le New York Times et le Washington Post, au cours de certaines de ses récentes réunions, ses collaborateurs et lui-même ont présenté un diaporama de 39 pages présentant un argument juridique point par point en faveur du démantèlement du réseau social, s'inspirant de décennies de jurisprudence antitrust.


Hughes et al. tiennent-ils la bonne formule cette fois-ci ? Encore une fois, rien ne permet de le confirmer. Cela dit, l'implication de Hughes est remarquable, car peu de fondateurs ont plaidé en faveur du démantèlement de leur entreprise. La puissance de Facebook repose sur sa richesse et son pouvoir, ainsi que sur son nombre très élevé d'utilisateurs. Ces différents points ont fait d’elle un monopole et ses acquisitions de rivaux ont écrasé la concurrence. Facebook a annoncé mercredi que plus de 2,7 milliards de personnes utilisent Facebook ou ses autres plateformes (Instagram et WhatsApp), au moins une fois par mois.

En effet, sur la base des diapositives présentées aux représentants du gouvernement, Hughes et ses collaborateurs ont tenté de démontrer que depuis près de dix ans, Facebook a procédé à des « acquisitions (Instagram pour 1 milliard de dollars en 2012 et Whatsapp pour 19 milliards de dollars en 2014, pour les cas les plus flagrants) défensives en série » afin de protéger sa position dominante sur le marché des réseaux sociaux. « Regrouper leurs rivaux naissants peut permettre à Facebook de facturer des prix plus élevés aux annonceurs et de donner aux utilisateurs une pire expérience », ont-ils fait comprendre.

À lui seul, Facebook a acquis plus de 75 petites entreprises au cours des 15 dernières années. De plus, les deux universitaires spécialistes de lois antitrust et collaborateurs de longue date ont développé un argument en faveur de la fragmentation de Facebook qui figure sur les différentes diapositives présentées lors des différentes réunions avec les membres du gouvernement et les régulateurs. « Les achats d’Instagram et de WhatsApp représentaient une violation flagrante du Sherman Act, la plus vieille loi antitrust du pays », a déclaré Wu dans une interview.

D’un autre côté, la surveillance exercée par les plus grandes entreprises de technologie du monde s’est intensifiée au cours de l’année écoulée, de nombreuses plaintes à leur sujet ont été formulées par des concurrents ou des universitaires. Selon le Washington Post, la sénatrice Marsha Blackburn a convoqué Hughes pour une réunion au début du mois afin de discuter de la protection de la vie privée et de la concurrence. Elle a récemment créé un groupe de travail spécial qui est chargé d'étudier ces questions et éventuellement de proposer des solutions législatives dans les mois à venir.

Les législateurs et les régulateurs ont également tenu des réunions avec d'autres experts antitrust tels que Barry Lynn de l'Open Markets Institute et Gene Kimmelman, un ancien haut responsable antitrust du ministère de la Justice qui dirigeait jusqu'à récemment, Public Knowledge, un groupe de défense de l'intérêt public. Le principal point de la lutte de Hughes et ses collaborateurs semble être le fait que Facebook tue la concurrence en rachetant les petites entreprises avant même qu’elles ne puissent se développer.

Cependant, il n’est pas certain que la FTC poursuive son enquête sur les achats de la société. Les enquêtes de l'agence, qui peuvent durer des mois ou des années, sont en grande partie secrètes. Un représentant de la FTC a refusé de commenter. Néanmoins, le New York Times a souligné que les experts antitrust s’accordent à dire qu'il pourrait s'agir de la cible d'enquête la plus prometteuse de ces dernières années, centrée sur une poignée d'acquisitions plutôt que sur un vaste examen du comportement de l'entreprise en général.

Sources : The New York Times, The Washington Post

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Facebook se défend contre l'appel à la dissolution du cofondateur. Selon la société, les défis ne s'évaporeront pas avec le démantèlement
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Avatar de rawsrc
Modérateur https://www.developpez.com
Le 03/08/2019 à 9:48
On n'est pas à une ineptie près, avec les américains, hein !
On croit rêver, les autorités américaines se plaignent d'un possible problème d'abus de position dominante de la part de Facebook. Non, mais sans blague !
Au moment des rachats de tous les concurrents par FB, les autorités de régulation US, elles étaient où ? Sûrement aux fraises mais en tout cas pas au bureau.
Qui s'est pavané devant une telle audace, devant une telle croissance, devant un si beau projet entrepreneurial ?
Toutes les voix discordantes ont été priées de se taire afin de ne pas entraver la marche du marché.

Quelle blague maintenant de se dédire, tout le monde savait parfaitement comment ça allait se passer, une telle force de frappe financière au sein d'une seule main ça finit par tout tuer.
Sans compter l'influence que ce réseau génère sur les votants et futurs votants qui se sont massivement détournés de la télévision. Et là pour les pingouins en politique (tous du millénaire précédent) qui n'y comprennent rien et qui s'accrochent au pouvoir comme des moules à leur rocher sont bien emm......dés. Alors on découpe histoire de reprendre un peu la main.

Et pour les autres mastodontes, ils vont faire quoi ? Les tronçonner tous ? Bien sûr... Il n'y aura qu'un bouc émissaire et comme c'est parti ça risque d'être FB.
Le seul réseau pour l'instant qui fait concurrence (un bien grand mot) à FB c'est Snap et le fondateur a refusé une offre de 4 milliards de dollars de la part de FB.

Bref, tout ça pour dire que ce ne sont que des positions de principe : regardez, on veille... Mais vous comprenez ça va prendre du temps, allez on en reparle dans 10 ans.
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Avatar de renaud_noumea
Futur Membre du Club https://www.developpez.com
Le 31/07/2019 à 20:30
Un associal crée un réseau soit disant "social" qui détruit la société. Y'aurait pas un petit problème.
Pour ceux qui ne comprennent pas que beaucoup de personnes ne peuvent s'en passer, je leur conseille d'essayer les opiacés pour découvrir ce qu'est la dépendance et la nocivité.
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Avatar de stigma
Membre éprouvé https://www.developpez.com
Le 31/07/2019 à 10:58
"Après avoir touché 500 millions de dollars....."
On comprend qu'il veut le démanteler, il a touché sa part !
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Avatar de jpiotrowski
Membre averti https://www.developpez.com
Le 31/07/2019 à 21:06
C'est aux utilisateurs de décider du devenir de Facebook. On sait de quoi "ils" sont capables.
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